Longue lettre du désert

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Longue lettre du désert

Message par Ikhlas le Dim 13 Aoû - 16:36

Un coursier fatigué, dont les vêtements amples et exotiques ne laissaient aucun doute quant à sa provenance, est venu dans la matinée déposer une grosse enveloppe à l'adresse qui lui a été indiqué sur Heidel. Si personne ne se trouvait à la Cave à l'heure dite, l'homme aura laissé son paquet dans la boîte aux lettres du 9-3, comme indiqué par le destinataire. C'est une longue lettre sur plusieurs pages, l'écriture est soigneuse, le ton peut-être un peu mélancolique finalement. Elle s’accompagne d'une petit gravure à l'encre représentant l'endroit où le Bazar s'ouvre sur le désert. Une vue panoramique d'un grand Tout ou d'un vaste Rien, c'est selon.


Chers enfants,

C'est depuis le Bazar du Grain de Sable que je vous écris, alors que nous venons, voilà plusieurs heures d'y arriver enfin. Cet endroit porte bien son nom, avec ses ruelles étroites et pentues à l'atmosphère chargé de vent sablonneux. A certains endroit, il semble même qu'on y avance à l'aveuglette, comme on traverse un épais brouillard jaune. Alors que la nuit est déjà tombée depuis quelques minutes, c'est à la lueur chiche d'une chandelle que je trace ces lignes que je vous destine et qui, je l'espère, sauront vous trouver en santé et en paix. Du moins, autant que possible.

Les nomades à qui j'espérais que nous demandions asile sont, hélas, partis et nous avons dû nous en remettre à Sofian Sohrab, qui nous a ouvert une tente appartenant à son clan, ou son ordre. Je ne sais pas bien ce qu'est cette chose qu'il nomme avec ferveur "Al Taïr Halam". Les autres pèlerins profiteront au moins d'un abri pour la nuit, ce qui est une bonne chose malgré l'antipathie que je ressens à l'encontre de cet étrange garçonnet. La plupart d'entre eux sont perdus, certains même ne prient plus vraiment depuis longtemps quand d'autres ont une foi qui ne se déclare que dans l'adversité, mâtinée de hargne et de scepticisme. Sans doute s'attendent-il à voir Dieu surgir des sables du désert, être de chair et de sang, et s'adressait à eux comme à ses semblables. Ils veulent des preuves visuelles, des signes effectifs. Ils veulent que quelqu'un leur prouve qu'ils ont raison d'éprouver l'amour envers Aal. Je ne peux qu'espérer que chacun des pèlerins de ce convoi comprennent finalement que Dieu est en chacun de nous, qu'il n'est qu'énergie et que les mots dans sa voix ne peuvent être compris que lorsqu'on cesse enfin de se demander comment.
L'elfe papillon, Fhalaine, me ramène malgré elle dans ce monde noircit de suie, le mien depuis longtemps mais que je partage aujourd'hui avec vous. Elle est tombée subitement malade, sans qu'aucuns d'entre nous ne parviennent d'abord à identifier la source de son mal. A force d'insister, à force de la gronder malgré son déplaisir à me laisser la toucher, j'ai fini par voir sur elle la marque de la Corruption. Le dessin qu'elle porte sur son épaule est une architecture complexe formée de malveillants sortilèges. J'ai pris mon parti de l'aider autant que possible, sans pour autant être en mesure de débuter un exorcisme puisque le sujet en question est prit de vomissement dès que je l'approche de trop près et que je n'ai pas jugé bon d'emporter mon matériel. Quelque chose me laisse à penser que Sadie et les Kelevra en général, en savent plus sur cette affaire qu'ils ne le laissent supposer. J'ai décidé de fabriquer à Fhalaine, torturée par ses cauchemars qui puisent dans sa force vitale, un attrape-rêves en conséquence, qui devrait être efficace durant toute la période du pèlerinage. Par chance, j'avais pris avec moi quelques cristaux dans le but d'en faire offrande à Aal. La solution est certes provisoire, mais il me semble que cette affaire concerne avant tout les sorcières de Tarif, plus qu'un pauvre valencien tel que moi. Fhalaine n'est donc pas en mesure de protéger qui que ce soit actuellement et nous nous relayons pour tenter de la remettre sur pieds. Je prie Aal pour qu'Il nous aide à lui faire traverser le désert sans drames...

Votre absence auprès de moi se fait sentir plus fort que jamais, à l'instant où à l'orée de ce désert immuable, je me rend compte du voyage que j'ai entrepris. Malgré la présence de visages connus, malgré la gentillesse de beaucoup et malgré leur nombre, la désagréable sensation de vous abandonner derrière moi alors que je marche en avant me procure un regret et une grande tristesse. A cet endroit, à cet instant précis, je m'aperçois de la réalité de ce que notre union m'apporte personnellement. Du réconfort, un objectif solide, un grand amour. Aal ouvre mes yeux et mon esprit à ces sentiments que je sais mal vous exprimer de vive voix mais que pourtant, j'éprouve malgré tout. J'y vois là une façon qu'Il a de me dire que malgré mes tourments, de bonnes âmes sincères m'attendent à la maison et que malgré les épreuves à venir, la volonté doit guider mes pas vers vous tous. Puissiez-vous me pardonner, chers élèves et amis, d'être parfois si dur et si sévère envers vous.
Un protecteur de convoi de commerce du Bazar a gentiment accepté de vous livrer cette lettre à Heidel, sur le chemin qui le mènera à Calphéon. Lorsque vous l'ouvrirez, nous serons sans doute déjà bien loin dans le ventre du désert, sous l’œil d'Aal et le visage fouetté par le vent brûlant. Je prierais pour chacun de vous comme je le fais toujours, je remercierais mon Dieu de vous avoir mis sur ma route, car repose entre vos mains mon propre destin.

Avec tendresse et par la grâce d'Aal.


Ikhlas.
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